Schlesser livre un regard très critique sur l’évolution de la Formule 1
À 77 ans, Jean-Louis Schlesser ne mâche pas ses mots sur l’évolution actuelle de la Formule 1. Ancien pilote de la discipline à deux reprises dans les années 1980, le Français se montre très critique envers la place grandissante de l’électrification dans les monoplaces, juge peu crédible le discours environnemental porté par le championnat et doute fortement d’un retour des moteurs V8 pourtant évoqué par la FIA. Il est également revenu sur plusieurs épisodes marquants de sa carrière, dont son célèbre accrochage avec Ayrton Senna à Monza en 1988.
Alors que la Formule 1 a inauguré en 2026 une nouvelle génération de groupes propulseurs hybrides, avec une répartition proche de 50/50 entre puissance thermique et électrique, les critiques continuent de s’élever contre cette orientation technique. Jean-Louis Schlesser fait partie de ceux qui estiment que la discipline est allée trop loin.
“C’est dommage que l’électronique domine la course,” a déclaré l’ancien pilote français à Mundo Deportivo. “C’est préoccupant, parce que le moteur ne devrait jamais comporter plus de 40 % de composants électriques.”
Schlesser balaie également le discours selon lequel la Formule 1 serait devenue une discipline plus respectueuse de l’environnement grâce à ces évolutions techniques.
“C’est absurde de dire que la Formule 1 est écologique,” estime-t-il. “S’ils ne veulent pas avoir de problèmes environnementaux, alors qu’ils arrêtent toutes les courses. Les voitures semi-électriques et toutes ces bêtises ? On prend la mauvaise direction.”
Le président de la FIA, Mohammed Ben Sulayem, pousse depuis plusieurs mois en faveur d’une nouvelle génération de moteurs plus simples, plus légers et moins coûteux après 2030, avec notamment un retour des V8 associé à une hybridation plus limitée.
Une perspective qui fait rêver de nombreux passionnés, mais pas forcément Schlesser, qui doute que les constructeurs acceptent un tel changement de cap.
“Je n’y crois pas vraiment,” affirme-t-il. “Beaucoup de constructeurs vendent à leur conseil d’administration l’idée que leur voiture est écoresponsable. C’est d’ailleurs pour cela qu’Audi est entrée en Formule 1.”
L’ancien pilote imagine éventuellement l’arrivée de nouveaux acteurs, sans pour autant croire à une révolution.
“Ils essaieront peut-être de faire venir BYD, mais un V8 serait un rêve, et un V10 serait encore mieux, même si je ne pense pas que cela arrivera.”
Le souvenir indélébile de Monza 1988
Si Jean-Louis Schlesser n’a disputé que deux Grands Prix de Formule 1, son nom reste associé à l’un des épisodes les plus célèbres de la saison 1988.
Engagé par Williams à Monza pour remplacer Nigel Mansell, blessé, le Français s’était accroché avec Ayrton Senna alors que le Brésilien lui prenait un tour. Cet incident avait privé McLaren d’un Grand Chelem historique sur toute la saison, Ferrari remportant finalement la course quelques semaines après le décès d’Enzo Ferrari.
Près de quarante ans plus tard, Schlesser continue de défendre sa version des faits.
“Senna était très proche de ma boîte de vitesses et je n’avais pas le choix,” se souvient-il. “Si j’avais levé le pied, il aurait pu me percuter par l’arrière. C’était simplement un coup de malchance.”
Le Français a également raconté les circonstances de son arrivée chez Williams ce week-end-là.
“Frank Williams m’a appelé pour me demander si je pouvais être en Italie le vendredi pour piloter,” explique-t-il.
“Il m’a dit : ’J’ai une liste de dix pilotes qui veulent ce baquet. Je t’appelle parce que Patrick Head te veut dans la voiture. Si tu ne veux pas, ce n’est pas grave’.”
“Frank était une bonne personne, mais quelqu’un d’assez brusque.”
Sa première apparition en Formule 1 remontait à 1983, avec l’écurie RAM, sur le circuit Paul Ricard.
Là encore, Schlesser garde un souvenir teinté d’humour.
“Cette voiture avait la même vitesse de pointe que ma voiture de route,” plaisante-t-il.
L’ancien pilote s’inquiète également du coût toujours plus élevé pour accéder à la Formule 1 via les catégories de promotion.
Pour lui, le système actuel est devenu déraisonnable.
“C’est injuste,” déplore-t-il. “Je suis totalement d’accord avec Max Verstappen lorsqu’il dit que le prix à payer pour arriver en Formule 1 est beaucoup trop élevé.”
Cette problématique le touche d’autant plus que son fils, Louis Schlesser, tente lui aussi de se faire une place dans le sport automobile.
Le Français reconnaît toutefois que les résultats ne sont pas encore suffisants.
“Il doit gagner davantage,” estime-t-il. “Il ne remporte pas assez de courses.”
“En plus de cela, le coût de la Formula Regional European est aujourd’hui beaucoup trop élevé.”



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